Dimanche, quatorze heures. Dans trente minutes, un concert unique !
Unique ?
Oui : une seule date, une seule heure. Unique.
Nous sommes donc arrivés dans le nouvel Olympia, plus centre commercial que music-hall, parmi une foule acquise au chanteur.
"- Hervé, Hervé, moi ça fait plus de trente-cinq ans que je le suis, depuis
Capri, ah quelle chanson, quel été…", comme le temps passe, ou
"- J'ai apporté une rose jaune, sa fleur préférée…".
Et, en effet, ils étaient nombreux avec des tiges couvertes d'épines étêtées et une fleur jaune au bout.
La salle était bondée et nous nous sommes assis sur les marches, tout en haut du balcon.
Je vous ai dit que ma camarade était
une vache ? Amoureuse d'Hervé alors qu'elle n'était encore que petite… grenouille (mais ça, c'est une autre histoire).
Le rideau rouge s'ouvre, l'air des lampions que scandait une foule avide de Le voir s'interrompt brusquement…
"tatatata tatatata… Nous n'irons plus jamais… où tu m'as dit je t'aime…"
La voix est plutôt mieux que ce que je pensais, la salle est en transe, la vache communie, la chanson se termine par une gestuelle digne des stars du muet dans leurs instants d'emportement et là … et là … tonnerre d'applaudissements, mais là …
changement de programme !
Hervé annonce que la première partie de son récital sera constituée de chansons patrimoniales : il chante Ionesco, Aragon, Genet (là , au
Condamné à mort, j'ai pleuré), il emprunte aux Doors et à Dalida (sa marraine de Music-Hall) la reprise d'
Alabama Song, sa voix fait corps avec ce répertoire inhabituel (remarquez, c'était la première fois que nous le voyions en scène ; après tout, il leur fait peut-être le coup à chaque fois…).
Entracte. Y'aurait bien de la bière pression, mais la foule est si compacte…
Deuxième partie : les mélodies gagnent en facilité ce que les textes perdent en profondeur. Je note qu'il a l'air un peu gourd et empêché dans ses mouvements. Un peu raide. La vache— qui a de plus en plus de mal à cacher son émotion— ne partage pas mon sentiment. Pis, surtout, elle s'en bat les cornes : Hervé est là , il chante pour nous.
Nous, justement, mais aussi
Reviens,
Méditerranéenne et d'autres que je ne connais pas, mais que la vache reprend avec le public.
"Bravo !", "Hervé, je t'aime", etc.
Les rappels n'en finissent pas. Les salves d'applaudissements font vibrer la moiteur de la salle. Les sentiments dégoulinent, et nous avec eux.
Nous sortons par la sortie de secours (une idée à moi, salutaire !). Je regarde la vache : son Rimmel a coulé, elle a l'œil qui brille. J'ai pris pour 90 mégas de docs (totos et vidéos), elle a mitraillé aussi.
Ben, vous voulez que je vous dise ? Ca valait le coup !