cosmogol999
Emile Mouinzin
Inscrit(e) depuis le 14/03/2003
|
Le seigneur des anneaux…. vu par Freud
Le 08-06-2004 à 21:43:26
Bonsoir Ă tous,
En faisant quelques recherches sur « Le seigneur des anneaux » (le livre, pas le brouet hollywoodien du dénommé Peter Jackson ), je suis tombé sur un texte concernant l’Ɠuvre du professeur Tolkien. Ce texte, anonyme et apparemment sérieux et bien documenté, se veut une analyse freudienne du « Seigneur des anneaux », mais se révÚle tout simplement hilarant par sa vision  disons, un peu particuliÚre de la Terre du Milieu et de ses habitants !
Me doutant que plus d’un bidonaute doit apprécier la trilogie de Tolkien, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer in extenso ce texte sacrilÚge  pour les feignants qui lisent en diagonale, j’ai mis en gras les passages les plus importants. Enjoy ! ;o)
« PĂNĂTRER L’ANNEAU
La symbolique sexuelle dans « Le Seigneur des anneaux »,
ĂlĂ©ments pour une lecture freudienne de l’Ɠuvre de J.R.R. Tolkien.
Comme cela est frĂ©quemment le cas dans les Ć“uvres d’une telle envergure, « Le Seigneur des anneaux » se prĂȘte Ă des lectures multiples. Les nombreux exĂ©gĂštes qui se sont penchĂ©s sur l’Ɠuvre de J.R.R. Tolkien ont pourtant, jusqu’à aujourd’hui, nĂ©gligĂ© une piste essentielle et particuliĂšrement fĂ©conde. L’objet de ce court essai sera donc de montrer que « Le Seigneur des anneaux », bien plus qu’une Ă©popĂ©e gratuite (et donc fantastique), est un rĂ©cit profondĂ©ment marquĂ© sexuellement , et que les aventures de Frodo sont en fait les Ă©tapes successives d’une recherche de la sexualitĂ©, sans doute le rĂ©cit inconscient des premiĂšres expĂ©riences sexuelles de J.R.R. Tolkien.
La Comté est l’image de l’enfance : les Hobbits y sont aussi innocents que petits, et le départ de Frodo est la marque de son accession à l’état d’adulte, de son initiation à la sexualité. Pourtant, ce départ n’est pas aussi rapide, aussi direct qu’il en a l’air. Le passage chez Tom Bombadil est, sans nul doute, l’expression de la tentation incestueuse , et ce n’est qu’aprÚs ce passage, ce désir de retour aux origines, de plongeon dans la terre-mÚre, que l’aventure commence vraiment La crise Ɠdipienne ne sera cependant résolue, ou du moins occultée, que plus tard, au conseil d’Elrond. Nous serons amenés à y revenir.
La ForĂȘt est chez Tolkien l’image du sexe fĂ©minin. C’est notamment le cas des trois forĂȘts qui jouent un rĂŽle important dans cette aventure, la Vieille ForĂȘt, la Lorien et Fangorn. Fangorn et la Vieille ForĂȘt sont des creux, des trous. La Lorien ne connaĂźt pas une situation identique, mais elle est placĂ©e sous le signe de l’humiditĂ©, elle est la grande prostituĂ©e au croisement des trois grands fleuves , Nimrodel, Silverlode et Anduin. Ces trois forĂȘts ont en commun le mystĂšre qui les enveloppe, les lĂ©gendes inquiĂ©tantes qui courent Ă leur sujet, mais elles reprĂ©sentent cependant des images diffĂ©rentes de la femme : la MĂšre pour la Vieille ForĂȘt, la ProstituĂ©e pour la Lorien, la Femme-animale pour Fangorn.
La Vieille ForĂȘt est donc la reprĂ©sentation du sexe maternel : c’est pour cela qu’elle est vieille . Cette image est d’ailleurs trĂšs clairement exprimĂ©e par Tom Bombadil, lui mĂȘme image maternelle qui ne quittera jamais l’esprit de Frodo, « Tom a vu la premiĂšre goutte et le premier gland ». Le passage par la Vieille ForĂȘt retrace donc la tentation incestueuse chez Tolkien. Les autres forĂȘts sont toujours, et on le comprendra aisĂ©ment, dĂ©crites comme humides; seule la Vieille ForĂȘt nous est prĂ©sentĂ©e comme dessĂ©chĂ©e, vieillie, rabougrie, traversĂ©e de fissures que le hĂ©ros franchit pour retrouver enfin son origine dans la maison de Tom Bombadil. Mais l’Anneau, dont nous verrons plus loin la signification complexe, est ici sans effet, ce qui signifie qu’il n’y a pas place ici (dans l’Anneau) pour le sexe, et que Frodo/Tolkien devra aller perdre sa virginitĂ© ailleurs. L’image maternelle n’apparaĂźtra plus directement dans la suite du rĂ©cit. Pourtant, il en est dans le « Seigneur des anneaux » de la mĂšre comme de la mer : on ne les voit jamais, mais on sent toujours et partout leur prĂ©sence obsĂ©dante en marge du rĂ©cit.
L’épisode de la traversée de la Moria est sans doute l’un des plus riches d’ambiguïté sexuelle de tout l’ouvrage, et c’est là qu’apparaßt pour la premiÚre fois clairement le thÚme de la sodomie, qui deviendra ensuite peu à peu omniprésent. Il n’est guÚre étonnant que le code permettant de pénétrer dans la Moria soit « ami », il n’est pas non plus surprenant que ce soit Gandalf, ici dans le rÎle du pédagogue grec, qui le découvre à ses jeunes compagnons. Qu’est-ce en effet que la Moria sinon un gigantesque anus, que nos héros ne vont pas se contenter de pénétrer mais qu’ils vont explorer jusqu’au plus profond. Un clin d’Ɠil du Tolkien linguiste nous montre bien qu’il était au moins partiellement conscient de la folie de ce qu’écrivait le Tolkien auteur. Ce nŽest pas par hasard qu’il appelle « Moria » ce long souterrain, cet intestin labyrinthique. En effet, de quoi d’autre nous parle-t-il que d’une folie grecque ?
Mais la traversĂ©e de la Moria est aussi le moment oĂč se dĂ©ploie dans sa terrible ambiguĂŻtĂ© la dialectique homosexualitĂ©/hĂ©tĂ©rosexualitĂ© qui sous-tend toute l’Ɠuvre.
En effet, Ă peine sortis de cette terrible folie, nos hĂ©ros, vĂ©ritable retour aux sources, plongent dans le profond vagin humide de la Lorien , baignĂ©e par l’Anduin, la Nimrodel et le Cours d’Argent. On sent pourtant, lorsque les compagnons s’en approchent, cette terrible angoisse qui les Ă©treint, due Ă toutes les lĂ©gendes qui circulent sur ce mystĂšre, cet autre monde, angoisse que l’on a dĂ©jĂ rencontrĂ©e lorsque les hĂ©ros s’enfonçaient dans la Vieille ForĂȘt, que l’on retrouvera Ă l’approche de Fangorn. BaignĂ©e d’une lueur Ă©trange, vĂȘtue de feuilles/vĂȘtements brillantes, la Lorien est l’image de la prostituĂ©e par (sur) laquelle non seulement Frodo/Tolkien, mais aussi tous ses compagnons sont passĂ©s. Le toponyme « Lorien » vient d’ailleurs sans doute de Lorelei. On peut mĂȘme voir dans la longue description de Galadriel et de son protecteur Celeborn des souvenirs d’enfance trĂšs prĂ©cis, ceux des bas-fonds de Birmingham. LĂ encore, Frodo est un moment tentĂ© de lui donner l’Anneau, de le passer au doigt de cette premiĂšre femme, mais il ne le fera pas. Nous savons depuis le conseil d’Elrond que Frodo est homosexuel , ce qui explique qu’il renonce Ă ce projet.
Il est une troisiĂšme forĂȘt, un autre vagin humide, Fangorn, par lequel Frodo ne passera pas, du moins pas avant d’avoir achevĂ© sa quĂȘte. Nous devons cependant nous y arrĂȘter, car c’est ici que la symbolique est la plus riche, et nous y assistons Ă l’une des deux seules reprĂ©sentations de l’acte sexuel dans l’Ɠuvre de Tolkien, et Ă la seule qui figure une relation hĂ©tĂ©rosexuelle, particuliĂšrement mouvementĂ©e il est vrai.
Fangorn est l’image archĂ©typale du sexe fĂ©minin dans le « Seigneur des anneaux ». Profonde, obscure, il y coule des liqueurs enivrantes dont Merry et Pippin, qui reprĂ©sentent bien sĂ»r ici des amis de Tolkien, vont se dĂ©lecter. L’on peut tout d’abord voir dans la force nouvelle des deux hobbits aprĂšs leur festin/cunnilingus dans l’antre de Treebeard une rĂ©miniscence de la conception taoĂŻste de la sexualitĂ© comme moyen de s’approprier la force du sexe opposĂ©. Mais ces prĂ©liminaires seront suivis d’ une copulation monstrueuse, tellurique, lorsque la forĂȘt/vagin se dĂ©place pour rejoindre la tour d’Orthanc/pĂ©nis. La tour d’Orthanc, droite et dure, est bien entendue une reprĂ©sentation phallique, et Tolkien insiste dĂ©libĂ©rĂ©ment sur ce point en nous dĂ©taillant les grottes, machineries fumantes, testicules, qui la sous-tendent. Nous ne nous attarderons pas plus sur la symbolique, Ă©vidente, du doigt pointĂ© par la main blanche, tachĂ© de sang, que Gandalf et ThĂ©oden voient avant de parvenir Ă l’Isengard. La terrible copulation avec la forĂȘt laissera la tour Ă©puisĂ©e, fumante, mais, notons le bien, toujours debout. On voit bien ici l’image d’un Ă©pisode vĂ©cu par ses amis, auquel Tolkien regrette sans doute de n’avoir pas participĂ©. Mais il ne le pouvait pas, puisque Frodo/Tolkien est alors dĂ©jĂ en Mordor, de l’autre cĂŽtĂ©, dans tous les sens du terme.
Tout comme Orthanc, Minas Tirith est un gigantesque phallus, dressé comme un défi devant Mordor. Le symbolisme en est renforcé par l’ascension de Pippin jusqu’au sommet de la ville, image de la montée d’un désir ambigu pour le malodorant Mordor. L’image de cette montée de sÚve est d’ailleurs récurrente, déjà figurée par l’ascension de Gandalf des tréfonds de la Moria au sommet du Celebdil.
Le « Seigneur des anneaux » n’est pas, comme on l’a longtemps cru, le rĂ©cit de la lutte du bien et du mal. C’est plutĂŽt celui de la tension dialectique entre l’homosexualitĂ© et l’hĂ©tĂ©rosexualitĂ© chez Tolkien, vĂ©cue Ă travers le personnage de Frodo. Frodo ne devient pas homosexuel, ou sodomite : il l’est , dĂšs son dĂ©part de la ComtĂ©, mĂȘme s’il ne le sait pas. Gandalf, vieillard lubrique et impuissant , l’a bien devinĂ© et c’est pourquoi il veut Ă tout prix guider Frodo dans la voie oĂč il a dĂ©jĂ menĂ© Bilbo. Lorsque le conseil d’Elrond dĂ©cide d’envoyer l’Anneau en Mordor, reprĂ©sentation parfaite du Grand Anus Primordial cher Ă Deleuze et Gattari, et non chez Tom Bombadil (retour impossible Ă la mĂšre) ou dans la Lorien, cela est directement liĂ© Ă la sexualitĂ© de Frodo. Et peu nous importe ici de savoir si Frodo va en Mordor parce qu’il est sodomite, ou s’il est sodomite parce qu’il doit aller en Mordor. En tout Ă©tat de cause, sa sexualitĂ© ne sera rĂ©alisĂ©e qu’à la fin de la quĂȘte, mais elle est dĂ©jĂ prĂ©figurĂ©e tout au long du voyage de Frodo par les relations qu’il entretient d’abord avec l’Anneau, plus tard avec Gollum, Sam n’ayant ici qu’un rĂŽle de faire-valoir. Le conseil d’Elrond reprĂ©sente la vĂ©ritable naissance de la sexualitĂ© chez Tolkien/Frodo. Cette idĂ©e est renforcĂ©e par l’entrevue de Frodo avec Bilbo, image du pĂšre, qui lui confie sa dague, Sting, symbole de sa virilitĂ©. Par lĂ , Bilbo renonce symboliquement Ă courir aprĂšs les jeunes elfes des bois , mais semble espĂ©rer que Frodo le suivra dans cette voie. Mais nous savons que la sexualitĂ© de Frodo est dĂ©jĂ dĂ©terminĂ©e, et qu’elle ne sera rĂ©alisĂ©e que lorsque l’Anneau/anus de Frodo sera noyĂ© dans le grand anus primordial d’Orodruin.
RenĂ© Girard a trĂšs bien vu l’erreur de la lecture habituelle et superficielle du texte qui voit dans le couple Sam-Frodo une simple relation homosexuelle . C’est en effet oublier le troisiĂšme personnage essentiel, le mĂ©diateur, Gollum. Nous nous trouvons ici dans un triangle mimĂ©tique, le dĂ©sir de Frodo pour Gollum engendrant celui, plus refoulĂ©, de Sam, et vice-versa. Mais Girard n’a pas vu l’importance de l’Anneau, qui est vĂ©ritablement ici un quatriĂšme personnage, engendrant Ă©galement un dĂ©sir mimĂ©tique de Sam et Frodo, de mĂȘme nature que celui qu’ils Ă©prouvent pour Gollum. A.J. Greimas dirait que l’Anneau, bien que passif au sens sexuel, est un actant du rĂ©cit.
L’Anneau de pouvoir n’est ni l’anneau royal perdu de Salomon, ni l’anneau d’invisibilitĂ© de GygĂšs, ni mĂȘme l’anneau de puissance des Nibelungen, c’est simplement l’anus. Pas encore le grand anus primordial de Mordor, mais au moins celui de Frodo. Cet anneau est dĂ©jĂ enjeu de rivalitĂ© non-dite entre Frodo et Sam, voire Gollum, qui cherchent tous Ă y mettre leur doigt. Remarquons d’ailleurs que lorsque Frodo, Ă Amon SĂ»l, puis Sam, sur les contreforts de l’Ephel Duath, puis enfin Gollum sur la montagne du Destin, enfilent l’Anneau (Ă leur doigt), ils se trouvent Ă chaque fois sur une montagne, sur un sommet, symbole phallique. Et cette expĂ©rience leur fait dĂ©couvrir par les Nazguls, pets monstrueux de l’anus de Sauron , un avant-goĂ»t de ce qu’ils ne trouveront qu’au bout de leur quĂȘte, en Mordor. Lorsque Frodo parvient enfin au centre de ce Mordor sec, crevassĂ© et puant, fessier du monde que tout oppose aux forĂȘts/vagins dĂ©crites dans les paragraphes prĂ©cĂ©dents, sa quĂȘte est accomplie. AprĂšs la dĂ©couverte dans le grand anus primordial de sa nature sodomite, il n’a plus besoin d’enfiler son doigt dans son anneau/anus. C’est en cela que la destruction de l’Anneau, et du doigt de Frodo, est purement mĂ©taphorique. C’est lĂ le grave contresens des analyses qui voient dans le combat entre Frodo et Gollum, sur la montagne du Destin, une scĂšne de castration.
Nous venons de dire que la vĂ©ritable nature sexuelle de Frodo, et donc vraisemblablement de Tolkien, Ă©tait sodomite au sens large , et non seulement homosexuelle comme nous l’avions laissĂ© entendre jusque-lĂ . C’est en effet ce que donnent Ă penser certains Ă©vĂ©nements du cinquiĂšme livre que nous avions jusque-lĂ laissĂ© de cĂŽtĂ©, et notamment la guerre qui oppose le Gondor Ă Mordor. Le Mordor, par sa configuration, son odeur, sa substance, est bien sĂ»r un cul. Mais si nous nous tournons de l’autre cĂŽtĂ©, sur les rives de l’Anduin, nous constatons que ce cul est fĂ©minin . En effet, pendant que Frodo rejoint par-derriĂšre le grand anus primordial , Minas Tirith, gigantesque phallus blanc, se dresse face Ă la porte noire, sexe encore fermĂ© de ce mĂȘme Mordor. Et mĂȘme si le lien n’est pas explicitement formulĂ© par un Tolkien prudent, on peut penser que les activitĂ©s de Frodo, Sam et Gollum ne sont pas Ă©trangĂšres Ă l’ouverture de cette porte.
Nous n’avons pu, dans ce court article, qu’esquisser ce que devrait ĂȘtre une Ă©tude systĂ©matique de l’Ɠuvre de Tolkien. Il est des Ă©pisodes, et des personnages importants dont nous n’avons pas parlĂ©. Nous aurions pu ainsi Ă©voquer Aragorn, le grand frĂšre Ă la recherche de sa virilitĂ© perdue, symbolisĂ©e par son Ă©pĂ©e brisĂ©e, et qui ne pourra retrouver sa force, reforger son Ă©pĂ©e, qu’en renonçant Ă courir les elfes des bois et les animaux sauvages. Nous aurions pu Ă©tudier les symboliques associĂ©es aux Elfes et aux Dunedain. De mĂȘme, la carte mĂȘme des Terres du Milieu, avec par exemple les Montagnes Blanches semblant vouloir s’enfoncer dans le Mordor , aurait mĂ©ritĂ© sans nul doute une Ă©tude plus attentive. Mais en ne vous dĂ©voilant pas tous les secrets de cette Ć“uvre d’une infinie richesse, d’une merveilleuse finesse, en vous laissant les dĂ©couvrir par vous-mĂȘme, nous sauvons un peu de la magie de cette lecture.
Actes du Séminaire de la Tour Noire
© An 1991 du TroisiĂšme Ăge, Presses Universitaires de Dol Guldur. »
|